Journal du 2 au 7 mai 1917 - Au secteur de Craonne (le Chemin des Dames)

Publié le 8 Mai 2017

 

Mercredi 2 mai 1917

J’avais un tel cafard hier que je suis allé me réfugier à l’église auprès du Bon Dieu. Voilà où je ne pense plus assez à me rendre dans les durs moments de fatigues et de dangers. J’ai réfléchi, beaucoup prié. Ce matin, je suis allé communier : je veux faire un effort.

Le Lieutenant Barles est revenu de la reconnaissance du secteur… secteur " toile de tentes ". Advienne que pourra ! D’ailleurs, il n’est même pas dit que l’on y monte et les tuyaux commencent à courir… même celui d’un prolongation de séjour à Béhéricourt et d’un départ pour la Champagne où cela barde.

Jeudi 3 mai 1917

Béhéricourt… Hier, le Capitaine avait envoyé la voiture de la Compagnie à Noyon : le moral était soutenu… Toujours rien pour le départ.

Vendredi 4 mai 1917

Départ de Béhéricourt à sept heures trente. Le Régiment se forme en colonne à Salency. Itinéraire : Noyon, Pontoise, Cuts (grand-halte), plateau de Nouvron (chaleur atroce), Saint-Christophe, Hors, Roche. Nous arrivons fourbus.

 

CARNET XII - LE CHEMIN DES DAMES

Samedi 5 mai 1917

Accablement, « jambes pâles ». Chaleur atroce. Pinard à flots.

Dimanche 6 mai 1917

Départ de Roches à sept heures trente. Vic-sur-Aisne. Embarquement en auto à Vic, à neuf heures trente ; route par Soissons, Sermoise, Bazoches. Nous débarquons à 200 mètres de Fismes sur la route de Merval. A pied, par Merval, nous gagnons l’Aisne pour aller cantonner à Pargnan, village situé sur le sommet d’une côte abrupte.

Notre cantonnement est une caverne. Les paysans d’ici se logent de même.

Grande activité d’artillerie.

Nous sommes à gauche de Craonne, secteur genre « Thiaumont ».

Lundi 7 mai 1917

De bon matin, nos officiers vont reconnaître le secteur. Nous montons ce soir relever le 137e d’infanterie, en ligne depuis quatorze jours, après avoir fait deux attaques.

Le Lieutenant Salomon, revenu de reconnaissance vers midi, ne nous apporte pas précisément de bons renseignements. Advienne que pourra !

Avec quelques camarades je vais communier. L’église est pauvrement installée dans une caverne… Je suis tranquille et bien calme.

Départ de Pargnan à sept heures trente du soir. Le temps se gâte. Nous traversons la crête et descendons sur Moulins. Juste à ce moment, un violent tir de barrage se déclenche… Partout de l’artillerie dans ce ravin : on se croirait à Verdun.

L’ennemi répond en arrière de Moulins, mais par bonheur, plus sur la droite. Bref, l’on se presse lors de la traversée du village.

A la sortie, au cimetière, chaque section trouve son agent de liaison. Nous grimpons la côte, passons à côté des Grottes Marocaines pour prendre le boyau qui, après le plateau, descend sur le Ravin de Troyon. Notre colonne, à un moment donné, est arrêtée par un accident de grenades arrivé à la 7e Compagnie (un tué, deux blessés).

Le ravin est traversé au pas de course. La Compagnie se rassemble aux redoutes qui dominent le ravin. L’ennemi marmite régulièrement les boyaux qui, à travers le Plateau des Dames, mènent en ligne… On quitte les redoutes, la pluie tombe… La Compagnie s’égare… Nous ne restons plus qu’une section avec le Capitaine en tête. Finalement, l’agent de liaison du 137e nous plaque à deux heures du matin, sous la pluie, en plein marmitage.

 

Carte postale représentant les "Cagnas" proches de Craonne (CRID 14-18)

Carte postale représentant les "Cagnas" proches de Craonne (CRID 14-18)

 

Lundi 7 mai 1917 (bis)

Montée aux tranchées de la Bovelle. Nuit noire, pluie, tir de barrage. L’agent de liaison du 137e nous perd dans le boyau sous les obus, « fiche le camp ». La Compagnie est dispersée, la section, restée avec le Capitaine, est à moitié. Le jour venu, nous trouvons deux sapes où nous nous réfugions. Grande activité de l’artillerie. Nos sapes semblent particulièrement visées.

A la tombée de la nuit, deux hommes sont envoyés à la recherche du secteur de la Compagnie et reviennent avec des renseignements peu rassurants. L’accalmie se fait à vingt et une heures. Nous partons et, une demi-heure après nous parvenons à notre emplacement où nous retrouvons les hommes manquants de la 1re section. Nous nous passons de ravitaillement pour la journée du lendemain.

 

Rédigé par Frédéric B.

Publié dans #Journal

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