Journal du 8 au 12 mai 1917 - Au saillant de la Ferme de la Bovelle (Le chemin des Dames)

Publié le 12 Mai 2017

Mardi 8 mai 1917

Nous trouvons abri dans des sapes. Violent marmitage1 toute la journée ; pluie, boue… Les boyaux sont pleins de poilus fourvoyés à la recherche de leur Compagnie.

Mercredi 9 mai 1917

Nous avons rejoint notre poste hier, sans un coup de canon. Le Régiment occupe le saillant de la Bovelle. : les 3e et 1er Bataillons en ligne, le 2e Bataillon en réserve. La 3e Compagnie tient la gauche du 1er Bataillon, Bataillon de droite.

L’ennemi bombarde violemment l’arrière avec ses 150 et 210 ; il semble repérer les tranchées. Comme abris nous n’avons que de pauvres trous de taupes.

Une torpille nous tue deux poilus, un sergent, blesse ou commotionne l’adjudant, un sergent et plusieurs poilus.

Mercredi 9 mai 1917 (bis)

Le temps se remet au beau. Les avions montrent de l’activité. L’artillerie ennemie nous bat de tous côtés, principalement d’enfilade, et tire sans arrêt. Par bonheur, le secteur de ma section est épargné : les obus tombent à cinquante mètres. Les minen se mettent de la partie : une bombe tombe sur la section de réserve, installée dans le boyau du Palatinat et tue un sergent (Rocher), plusieurs hommes, blesse le sergent Collet et quelques poilus.

La nuit n’interrompt pas le marmitage sur l’arrière et les boyaux d’accès.

Jeudi 10 mai 1917

Activité de l’artillerie ennemie qui jalonne la tranchée de ses 210, la prenant en enfilade.

Jeudi 10 mai 1917 (bis)

Même vie : soleil de feu, soif ardente : deux hommes se dévouent pour aller chercher de l’eau en plein jour. Marmitage violent : les coups se rapprochent de nous et jalonnent la tranchée. Deux 150 tombent dans la tranchée de la 1e demi-section, sans éclater.

Au soir, le ravitaillement fait deux fois demi-tour sous un véritable feu de barrage. Vers la fin de la nuit, petite accalmie.

Vendredi 11 mai 1917

Cinq heures du matin : bombardement à coup de Minenverfer2 ; puis pilonnage d’un quart d’heure… Les Boches3 attaquent : 1e Compagnie de mitrailleuses, 1e et 2e Compagnies, malgré leur défense, sont cernées. Ma section manque d’être prise. Mort héroïque du Capitaine Fabre.

Nous nous replions sur une tranchée de soutien. Les Boches reculent sous notre pression et abandonnent le terrain qu’ils ont conquis.

 
Minenwerfer

Minenwerfer

Ferme de la Bovelle 11 mai 1917 (SHAT)

Ferme de la Bovelle 11 mai 1917 (SHAT)

Avec ma section, on m’envoie réoccuper l’emplacement de la 2e Compagnie. Tous les équipements des poilus sont là, les fusils mitrailleurs, les mitrailleuses. Les Boches ont fouillé les sacs, mais n’ont pas même bu les bidons. Soif dévorante : pinard, café et eau sont les bienvenus. Je trouve un de nos blessés que les Boches ont pansé, changé de linge et installé dans un gourbi4. Plus loin, un blessé du 22e Bavarois, atteint aux cuisses. Je lui donne à boire et le questionne. Il me dit que trois Régiments ont attaqués, qu’ils ont éprouvé d’assez fortes pertes et que, coûte que coûte, l’état-major allemand veut reprendre la crête que nous occupons. Ce blessé devait mourir sur place, le jour suivant : nos brancardiers ayant refusé de l’enlever, bien qu’ils fussent venus à cinquante mètres de lui.

Vendredi 11 mai 1917 (bis)

Quatre heures trente : les hommes du ravitaillement arrivent ; le jour est levé. L’ennemi les a-t-il vus ? aussitôt un violent marmitage commence : vingt minutes de pilonnage qui bouleverse notre tranchée. Les Boches attaquent sur le front du Régiment et plus à gauche ; ils semblent arrêtés ; mais, sur notre droite, ils nous tournent, font prisonnières la 1re Compagnie de mitrailleuses, les 1re et 2e Compagnies et nous arrivent dans le dos sans crier gare… Une minute d’affolement… on se replie, en lançant des grenades, sur le Boyau du Palatinat. Les munitions manquent. La Compagnie a été éprouvée : Capitaine tué, ainsi que sept ou huit hommes, plusieurs disparus.

Les munitions arrivent. Contre-attaque immédiate… emplacement réoccupé… Nos blessés pansés par les Boches…

La 7e Compagnie vient nous renforcer le soir.

Samedi 12 mai 1917

Relève par le 2e Bataillon.

Nous passons en réserve dans les sapes5.

Travail de nuit

Samedi 12 mai 1917 (bis)

Lutte d’artillerie sur les batteries. Calme en première ligne. Nous avons enterré cinq Boches pendant la nuit. Au total, dans la section, huit prisonniers, 6 blessés.

 

1Familier : bombardement dense et continu

2Mortier léger, lance-mine (voir photo)

3Familier : les Allemands

4Familier : habitat misérable et mal entretenu

5Tranchée de communication enterrée, souterraine

Rédigé par Frédéric B.

Publié dans #Journal

Commenter cet article