Journal du 23 au 28 mars 1917 - Batailles contre les Boches

Publié le 28 Mars 2017

Vendredi 23 mars 1917

Minuit trente : nous sommes alertés. En cinq minutes, la Compagnie est rassemblée dans la cour du cantonnement. Distribution de pain et de gniole1. A une heure trente, le Bataillon s’ébranle ; nous n’avons pas bu le " jus ". Le Capitaine a prévenu les gradés que le Bataillon allait prendre position à Artemps2, pour, de là, attaquer le Grand-Seraucourt3, que les Boches ont repris la veille au 30e.

Nous prenons la route de Saint-Simon4 : traversant Sommette5 et Ollezy6, nous atteignons Saint-Simon, dévasté à la pointe du jour, après avoir passé le canal sur un pont de fortune. Dès Saint-Simon, nous nous formons en colonne par un, ayant une grande crête à traverser pour arriver à Artemps.

La Compagnie se place dans une carrière située au sud-sud-ouest d’Artemps, à la lisière nord du village. Le 140e a des fractions en avant et dans le village, ainsi que le 30e… Journée splendide. Des avions Boches se montrent : pourvu qu’ils ne nous voient pas !

A sept heures, le Capitaine m’envoie avec huit hommes reconnaître le Grand-Seraucourt, avec mission d’avancer jusqu’à ce que Fritz me tire dessus. Grâce à Dieu et à la Sainte Vierge à qui j’ai confié mon expédition, nous rentrons sains et saufs, malgré les balles. Je fais mon rapport au Chef de Bataillon. C’est neuf heures quinze. La préparation d’artillerie est commencée depuis un quart d’heure : je reviens à la Compagnie. Je suis assez inquiet de la réussite : nous avons peu d’artillerie ; la position de l’ennemi est formidable… Les avions Boches continuent de nous ennuyer.

Onze heures : par sections, en colonne par un et par escouades, nous nous portons sur la lisière nord du village, vers le P.C. du Bataillon ; les 1e et 2e Compagnies ont déjà débouché ; les mitrailleuses boches crachent… Combien arriveront ? ?… Le Commandant ordonne au Capitaine Fabre d’envoyer un peloton en soutien à chaque Compagnie d’assaut ; mon peloton appuie la 1e Compagnie… Tir de barrage boche… heureusement peu fourni… Je perds de vue un moment le Lieutenant qui a trop appuyé à gauche… Dans un élément de tranchée où nous nous abritons un instant… des morts du 30e, équipements et sacs abandonnés… Nous repartons et arrivons aux abords de Grand-Seraucourt. Le Lieutenant est là avec sa demi-section qui vient d’arriver. Nous nous installons dans le chemin creux qui passe au sud du Cimetière et faisons nos trous.

Ma section fournit une patrouille pour rechercher la liaison sur la droite… au moins trois kilomètres de vide… une ligne de tirailleurs ennemis sur cet espace… A la nuit, le trou est bouché par un peloton du 30e.

Nous passons la nuit en position. Le ravitaillement peut venir.

 
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Samedi 24 mars 1917

Ma section rejoint le reste de la Compagnie un peu plus sur la gauche, dans le chemin creux… Marmitage sur le village et les lignes.

Sur le matin la 7e Compagnie part en reconnaissance, mais ne peut déboucher.

Beau temps.

Quinze heures : préparation d’artillerie ; le 2e Bataillon attaque à dix-sept heures la cote 99 et le Calvaire. Au débouché, la 6e tombe sur deux mitrailleuses et ne peut avancer : une douzaine de tués ; nombreux blessés par balles. Tirs de barrage.

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Dimanche 25 mars 1917 (Passion)

Pendant la nuit, à la faveur d’un barrage (neuf heures du soir), les Boches se replient ; au petit jour, le 2e Bataillon peut avancer, prend Castres. Pertes par le barrage d’artillerie.

Nous restons en place. La 2e a fait une reconnaissance hier.

Dans l’après-midi, la 5e se porte à la cote 108 et arrive à temps, soutenue par deux mitrailleuses du 99e, pour briser une attaque ennemie sur Essigny7.

On redoute le soir une contre-attaque sur Castres. Nous montons en réserve aux Carrières situées au nord-est de Gibercourt8. C’est dix-huit heures trente… Capitaine affolé… Lassitude générale… Sommes à la disposition du 2e Bataillon. Nous creusons nos cagnats dans les carrières… Pluie.

Lundi 26 mars 1917

A onze heures, la 3e section redescend : elle a perdu sa liaison : on la fait remonter de suite…

Mardi 27 mars 1917

Carrière. La 4e section va renforcer la 3e. Suis proposé pour une citation à l’occasion de ma patrouille.

Mercredi 28 mars 1917

Nous revenons au village, en réserve dans le Chemin Creux. Nos deux sections de la cote 108 rentrent, remplacées par un peloton de la 1e Compagnie. Nous montons relever le soir, à vingt heures, le 2e Bataillon. En traversant Castres, un 150 nous renverse : pas de mal.

La section occupe la tranchée du Cimetière.

 

1Eau de vie

2Artemps est une commune de l'Aisne

3C'est une commune de l'Aisne (aujourd'hui, Seraucourt-le-Grand)

4Saint-Simon est une commune de l'Aisne

5C'est une commune de l'Aisne (aujourd'hui, Sommette-Eaucourt)

6Ollezy est une commune de l'Aisne

7Essigny est une commune de l'Aisne

8Gibercourt est une commune de l'Aisne

 

Rédigé par Frédéric B.

Publié dans #Journal

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