Journal du 29 mars au 20 avril 1917 - Mon frère Michel est décédé

Publié le 20 Avril 2017

 

Jeudi 29 mars 1917

Je reste au Cimetière avec le Lieutenant et douze hommes. Le reste de la section va dans un chemin creux aux abords du village. Il pleut. Marmitage1.

Vendredi 30 mars 1917

Nuit sous la pluie. On soupire après la relève.

Samedi 31 mars 1917

On soupire encore plus fort encore : pluie, neige !…

Avril 1917

Dimanche 1er avril 1917 (Rameaux)

A vingt et une heures, l’ordre de relève arrive… ouf !… Le 307e arrive à trois heures du matin. On se presse pour traverser Castres… point de casse.

Le Bataillon se rend à Dury, par Tugny-les-Ponts2.

Lundi 2 avril 1917

Dury… Commencement du nettoyage. Sommeils.

Mardi 3 avril 1917

Départ pour Muirancourt. Les permissions vont reprendre au taux de deux pour cent.

Jeudi 5 avril 1917

Je pars ce soir en permission. Itinéraire : Muirancourt, Bussy, Genvry, Noyon, Labroye, Evricourt, Thiescourt, Elencourt, Chevincourt, Villers-sous-Coudun3.

Dimanche 8 avril 1917 (Pâques)

A Lyon. Michel4 très malade.

 

 
Journal du 29 mars au 20 avril 1917 - Mon frère Michel est décédé

Lundi 16 avril 1917

Michel est mort ce matin. Pour moi, je pars ce soir de Lyon. Ce sera dur, car l’avenir, bien sombre déjà, est encore attristé par cette mort.

Mardi 17 avril 1917

Arrivé à Paris à sept heures quinze. Je visite quelques rues, l’église Saint-Laurent. Départ de la gare du Nord, à onze heures trente, pour Saint-Just-en-Chaussée où le train nous amène à quatorze heures. En route, j’ai trouvé quelques poilus du Régiment : je me trouve ainsi moins seul. Par Estrées-Saint-Denis, nous allons à Compiègne (vingt-deux heures). Nous y couchons.

Mercredi 18 avril 1917

Départ de Compiègne à quatre heures trente. Je débarque à Noyon à cinq heures. Temps froid, pluvieux. Cafard intense. Par Crisolles, Rembercourt, nous allons à Muirancourt. Le Bataillon en est reparti. Il pleut… Nous allons en auto jusqu’à Ham. Nouvelle pause… Les routes réparées présentent la plus grande animation. En quelques jours, une grande gare a surgi à Ham.

Il est quatorze heures quand nous arrivons à Artemps où se trouve le Bataillon. Le Bataillon est en réserve, mais il va travailler tous les soirs près des lignes. La route de Castres est repérée : la veille, dans la Compagnie, un mort et trois blessés : " Il n’y a pas la vie "… Moral mauvais… Sommes logés dans des marabouts. Ma section intacte, grossie de quelques renforts venus du Dépôt Divisionnaire. Tuyaux rares ; incertitude sur ce qu’on va faire de nous… Le canon " tape dur " sur Saint-Quentin.

Jeudi 19 avril 1917

Nuit pénible… Où est la maison ! Temps pluvieux, averse, boue… Hier, à dix-neuf heures, violent tir de barrage en face de nous… peu propre à refaire le moral d’un permissionnaire.

Vendredi 20 avril 1917

Travail, la nuit passée, à la cote 103. La route de Seraucourt à Grugies est balayée par l’artillerie ennemie et c’est le seul itinéraire possible. On fait vite, surtout à partir du croisement de la route de Castres jusqu’au chantier, où l’on traverse une zone de barrage bouleversée par les 210. Par bonheur, ce soir, nous avons été tranquilles et sommes rentrés sans pertes. Il y a six jours, la Compagnie avait eu un mort et quatre blessés sur cette " sale route ".

 

1Bombardement dense et continu

2Communes de l'Aisne

3Communes de l’Oise

4Frère de Frédéric B.

Rédigé par Frédéric B.

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