Journal du 14 au 22 mars 1917 - Rencontre avec les Anglais

Publié le 22 Mars 2017

Mercredi 14 mars 1917

Le 2e Bataillon du 99e prépare un raid1. C’est la raison de notre retour. Quelle misère de se revoir dans cette boue, ces ruines !

Je suis enchanté de ma section, et très heureux de faire l’apprentissage du métier difficile de Chef de Section : se faire obéir et aimer de ses poilus, en toutes circonstances et au danger. L’autre jour, j’avais mon chapelet en main pendant le bombardement et cela m’a aidé à franchir une zone terrible pour accompagner une sentinelle.

 

 

1Incursion rapide exécutée en territoire inconnu ou ennemi pour recueillir des renseignements

Journal du 14 au 22 mars 1917 - Rencontre avec les Anglais

Jeudi 15 mars 1917

Toute la journée d'hier, nos canons ont " tapé dur ". Les Batteries du Ravin d’Armancourt n’interrompaient pas leur tir.

Ce matin, départ de la Compagnie, à cinq heures, direction de la Ferme d’Armancourt, pour transporter à la tranchée de Grenoble, par les boyaux des Grues et Gouraud, des bombes de 58… Soixante centimètres de boue ! Les poilus s’enlisent. l’Officier d’artillerie pour qui nous exécutons le travail, est à six kilomètres à l’arrière pendant ce temps-là. Fureur des poilus… bien justifiée.

Nous assistons à un triste spectacle : le Capitaine tâte son foie, le Lieutenant B. est évacué pour chancre ; le Lieutenant N. hospitalisé en cours de permission… Et l’attaque générale ne va pas tarder ! En qui les poilus auront-ils confiance ?

Vendredi 16 mars 1917

Marquivillers… nous touchons tout le " bazar" pour attaquer dimanche matin. Lutte d’artillerie.

Samedi 17 mars 1917

Nous montons le soir à cinq heures à la tranchée de Gao. Deux Compagnies du 3e Bataillon ont fait, la nuit passée, une reconnaissance dans les deuxièmes lignes ennemies, les ont trouvées vides et les ont occupées.

Dimanche 18 mars 1917

Ca y est : les Boches s’en vont. Dès six heures, nous nous portons à Grenoble. Sur notre gauche, le 22e enlève Villers-les-Roye. La 27e Division le rejoint au Camp de César.

La Compagnie, réserve du Bataillon qui est lui-même en réserve du Régiment, se porte à la tranchée Notung, puis à la Polaire. Nous y couchons.

Le bruit de la prise de Roye2 nous arrive. Saint-Mard-les-Triots3 a été enlevé presque sans pertes par le 2e Bataillon. Le front est rompu.

Lundi 19 mars 1917

Départ de la Polaire à trois heures. Nous traversons Roye (destructions systématiques) et venons coucher à Roiglise4.

Mardi 20 mars 1917

Départ à six heures de Roiglise ; nous touchons le ravitaillement à Champien, d’où nous repartons à dix heures. Halte à Breuil5… Nous faisons liaison avec les Anglais. Le Régiment part à dix-huit heures et va coucher à Ham. Ma section reste à Breuil pour attendre les cuisines roulantes… Nuit terrible sous la pluie, le vent, en plein champ. Ce n’est que le matin que nous trouvons asile dans l’Eglise.

Je quitte Breuil à midi et arrive fourbu à seize heures avec le convoi à Ham.

Tout est dévasté, les routes coupées.

Vu Antoine.

Mercredi 21 mars 1917

Ham : tout est pillé… sucrerie… château… trois entonnoirs dans la grand-rue…

Jeudi 22 mars 1917

Ham… Compagnie au piquet6. Paraissons arrêtés. Antoine est évacué.

 

 

2Ville située dans le département de la Somme, en région Hauts-de-France

3Ville proche de Roye

4À 3,5km de Roye

5Dans le département de la Somme, région Hauts-de-France

6Détachement de soldats et son encadrement devant se tenir prêts à intervenir

Rédigé par Frédéric B.

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