Journal du 2 au 18 novembre 1916 - L'ami P. Besse et promotion

Publié le 18 Novembre 2016

NOVEMBRE 1916

Jeudi 2 novembre 1916 (Jour des Morts)

Que de souvenirs en ce jour, mon Dieu… c’est papa qui, maintenant, est auprès de vous, car il fut un juste et vous lui aurez fait miséricorde ; ce sont tous mes parents morts avant la guerre ; ce sont mon Dieu, tous mes amis, mes camarades, tous ceux de France à qui vous avez demandé le sacrifice de leur vie, en rançon de l’âme de la France. Ils sont morts, mais leurs humbles tombes nous montrent le chemin à suivre. Tous ces êtres aimés, s’ils sont séparés de nous par le voile de la mort, veillent toujours sur nous, sont nos amis auprès de Dieu à qui ils offrent leur dur sacrifice, leurs souffrances pour ceux qui demeurent ici.

 

Journal du 2 au 18 novembre 1916 - L'ami P. Besse et promotion

Nous avons eu une messe de Requiem pour les morts de la Patrie… Je ne puis assister à ces Cérémonies sans me sentir ému jusqu’au plus profond de mon être. Les chants, les prières ont un tel accent de supplication, de crainte et d’espérance… en même temps l’on se sent réconforté. Et lorsque le prêtre, donnant l’absoute, récite à voie basse le Pater Noster, un silence impressionnant plane : seul le trouble la voix triste du carillon, telle la voix des âmes suppliantes qui souffrent et expient au-delà de ce monde jusqu’au jour où Dieu les prend auprès de Lui pour toujours.

 

Lundi 6 novembre 1916

On m’a remis ce matin un mot de mon brave ami P. Besse, qui se trouve, dit-il au Bataillon de marche du 128e, à Cousancelles, à un kilomètre d’ici. J’ose à peine le croire. Depuis deux ans, nous ne nous sommes pas vus !

 

Journal du 2 au 18 novembre 1916 - L'ami P. Besse et promotion

 

Mardi 7 novembre 1916

Hier soir, après la soupe, j’ai fait une échappée à Cousancelles ; j’ai revu Besse. Que de souvenirs nous avons échangés dans cette première entrevue après une si longue séparation ! C’est notre arrivée à Vienne : nous fûmes voisins de lit ; puis, peu à peu, s’était formé un charmant petit groupe aujourd’hui dispersé un peu partout, au 128e, 328e, 67e, 99e, 299e, 411e. Nous n’avons pas toujours conservé nos relations ; mais, au fond de chacun, le souvenir subsiste vivace et reposant dans les heures difficiles.

La pauvre Serve1 manque à l’appel. Il y a un an, le 31 octobre, il fut blessé mortellement à la Butte de Tahure, tomba entre les mains de l’ennemi ; et depuis, l’on est resté sans nouvelles de lui.

Chacun de raconter sa vie durant ces deux années : fatigues, dangers courus, les nombreuses circonstances dans lesquelles la mort est venue nous frôler de près…

Notre entrevue, hélas ! A été courte ; mais dimanche, nous aurons le temps de renouer les traditions de notre vieille amitié ; et puis cela me délivrera de la société pénible de quelques camarades peu intéressants et incapables d’une conversation tant soit peu digne et élevée.

 

Samedi 18 novembre 19162

Je suis nommé sergent à la date d’aujourd’hui… Finie la vie de caporal d’escouade !

 

Journal du 2 au 18 novembre 1916 - L'ami P. Besse et promotion

 

1 - « Seve », dans l’exemplaire dactylographié

2 - « Samedi 19 novembre 1916 », dans l’exemplaire dactylographié

1 - « Seve », dans l’exemplaire dactylographié

2 - « Samedi 19 novembre 1916 », dans l’exemplaire dactylographié

Rédigé par Frédéric B.

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