Journal du 28 au 30 septembre 1915 - Je passe Caporal tandis que la Bataille fait rage

Publié le 1 Octobre 2015

 

Les Carnets de Guerre de Frédéric B. - Du 28 au 30 septembre 1915 (Je passe Caporal durant la Bataille de Champagne ! par le Poilu Frédéric B.)

 

 

Mardi 28 septembre 1915

Sur le matin, nous revenons à notre ligne primitive. Chacun donne le dernier coup à son trou, construit sa toiture et nous dormons ainsi un peu à l’abri.

L’attaque va être reprise ; il est question de notre relève. L’artillerie, d’autre part, doit faire une meilleure préparation.

Nous passons cette journée dans la tranquillité, à part quelques petits bombardements qui ne nous occasionnent aucune perte, au lieu que ceux des jours précédents nous ont assez éprouvés en tués et blessés, ces derniers surtout assez nombreux, mais peu grièvement atteints.

Des religieuses prennent soin des soldats blessés - 1916 (hôpital militaire de Moreuil)

Des religieuses prennent soin des soldats blessés - 1916 (hôpital militaire de Moreuil)

 

Mercredi 29 septembre 1915

Accroupi dans mon trou, heureusement protégé contre la pluie par une tôle, j’ai passé une nuit atroce, avec des douleurs dans les articulations qui m’arrachaient des plaintes, tant elles me faisaient souffrir.

Nous quittons nos trous dans la matinée pour aller enfin à l’arrière dans les cagnats vides des boches. Quel désordre ! Certaines sont vraiment coquettes, toutes planchéiées, avec fenêtres, lits, paillasses…[1] Il y règne cependant une odeur désagréable, celle du Boche.

Tranchée allemande conquise au Bois Bricot (Bataille de Champagne - 1915)

Tranchée allemande conquise au Bois Bricot (Bataille de Champagne - 1915)

 

Ce sont les Coloniaux[2] qui nous ont remplacés et vont faire l’attaque. Nous passons en réserve d’Armée. Le seul risque que nous courrons ici est de recevoir des marmites pendant les tirs de barrage. Mais quelle bonne nuit en perspective !

 

Troupes coloniales (à Main)

Troupes coloniales (à Main)

 

La Compagnie ayant perdu un certain nombre de gradés, il a été procédé à une révision des cadres. Je passe Caporal à la 14e escouade[3]. J’ai de braves poilus sous mes ordres. Il s’agira de savoir les prendre.

 

Jeudi 30 septembre 1915

Nuit excellente : j’ai dormi à poings fermés. Je pense que l’attaque va reprendre aujourd’hui. Je suis de nouveau fatigué ; ma dysenterie[4], qui avait cessé ces deux jours-ci, a repris de nouveau. Je manque d’appétit. Par bonheur, nous nous reposons.

Notre artillerie et nos 58 donnent contre les positions boches sans arrêt. Les Allemands font leurs tirs de barrage habituels, lents et réguliers ; mais il semble que, depuis deux jours, leurs grosses pièces soient moins nombreuses ; leurs 77 répondent davantage à nos obus.

 

 

[1] Les tranchées allemandes étaient plus solides, mieux préparées et bâties que les tranchées françaises, et comptaient souvent des renforcements en pierre ou béton. Car la logique française était une logique de libération du territoire, tandis que l’allemande était celle d’une occupation, devant s’inscrire dans le long terme.

[2] Soldats issus des colonies françaises. Les troupes ayant participé aux offensives de Champagne comportaient beaucoup de soldats Sénégalais, Maliens ou Marocains.

[3] Frédéric B. monte en grade du fait de la mort de nombreux officiers et sous-officiers durant l’offensive. Ceux-ci se battaient presque toujours en prenant la tête de leurs hommes, s’élançant les premiers, et s’exposaient donc dangereusement. Un Caporal commande une escouade, comprise entre 10 et 20 hommes.

[4] Infection intestinale douloureuse généralement provoquée par une bactérie ou un parasite qui se caractérise par une diarrhée accompagnée de sang et de douleurs vives.

Rédigé par Frédéric B.

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