Journal du 13 avril au 14 mai 1915 - L'heure de la Grande trouée ?

Publié le 15 Mai 2015

 

Les Carnets de Guerre de Frédéric B. - Du 4 au 16 février 1915 (L'heure de la Grande trouée ? par le Poilu Frédéric B.)

 

Mercredi 13 avril 1915

 

Deuxième patrouille. Je suis resté deux heures dans un trou d’obus.


 

 

Dimanche 18 avril 1915

 

Nous sommes relevés par le 414e et partons pour une destination encore imprécisée. Nous allons passer vingt-quatre heures à Méricourt où je vois Antoine. Le soir, souper avec lui, Charavay et les amis.


 

 

Lundi 19 avril 1915

 

Cinq heures du matin : départ pour Suzanne - Maricourt, par Froissy, Bray, Cappy. Chacun emporte un jour de vivres. La marche est pénible. Nous arrivons à midi à Maricourt, où la Compagnie reste au repos.

 

Maricourt, bâti sur un dos d’âne, est à demi ruiné. Quelques civils, des vieux… Nos lignes sont en saillant1 à huit cents, mille mètres du village. De part et d’autre, beaucoup d’artillerie. Le secteur est tranquille, je crois. Nous logeons dans une grange au toit crevé par un obus.


 

 

Eglise de Maricourt en ruine

Eglise de Maricourt en ruine

 

Mardi 27 avril 1915

 

Nous nous sommes rendus ce matin à notre nouvelle tranchée, après huit journées assez paisibles passées à Maricourt et occupées à des travaux de terrassement, par équipes de jour et de nuit.

 

La nuit, le canon tonnait par intermittence de part et d’autre. Les premières nuits, cela était assez pénible. Nous avons eu une alerte : dans la nuit de mercredi 21 au jeudi 22, une violente canonnade2 nous réveilla vers une heure du matin. Elle semblait venir de Fay. Nous apprîmes, dans la suite, que les Allemands avaient attaqué le Bois Filippi, à la suite d’une explosion de mine, mais qu’ils avaient été repoussés. Notre nouveau secteur ne paraît pas mauvais.


La tranchée que nous occupons a été prise le 17 décembre. L’ennemi occupe en contrebas un ravin qui va de la route de Peronne à la Somme. La distance moyenne est d’environ quatre-vingt à cent mètres. Au contraire de Foucaucourt, le terrain accidenté ne laisse voir les tranchées ennemies qu’en face sur l’autre revers du ravin.

 

Jusqu’ici, nous avons vécu tranquilles. Quelques crapouillauds3, de part et d’autre. Les éclaireurs creusent un poste d’écoute : cela nous occupe trois jours, de jour et de nuit. Mercredi, nous avons enterré quelques cadavres ennemis. La lutte a du être chaude car, à chaque instant, en creusant des boyaux, on en découvre. On rebouche le trou et l’on plante une croix avec l’inscription : "Soldat inconnu".


Patrouille sur la droite le dimanche 25 ; je demeure en réserve dans un trou d’obus.

Le tir des crapouillauds est du plus grand intérêt, mais seulement lorsqu’on les lance soi-même.


 

 

Jeudi 6 mai 1915

 

Nous sommes descendus ce matin au repos à Bray-sur-Somme4 où se trouve Antoine. Nous demeurerons huit jours l’un auprès de l’autre.

 


 

Dimanche 9 mai 1915

 

Nous apprenons le torpillage du Lusitania, avec stupeur et colère. Communion ce matin à la messe d’Antoine. J’ai passé toute l’après-midi avec lui. Le soir, la musique du 99e donne un concert ; à dix-neuf heures, on affiche à la Division un communiqué annonçant un heureux coup de main sur un ouvrage allemand à Lens.

 


 

 

Le torpillage du Lusitania, évènement fondamental dans le déroulé de la Première guerre mondiale

Le torpillage du Lusitania, évènement fondamental dans le déroulé de la Première guerre mondiale

 

Mercredi 12 mai 1915

 

Tous ces jours, un peu d’exercice, des marches. Depuis trois jours, les communiqués nous apprennent les victoires de nos troupes devant Arras. Si ce pouvait être la Grande Trouée5 qui commence ! Cela hâterait peut-être la fin de la guerre. Mais s’il en est ainsi, c’est l’heure d’avoir du courage. J’espère que le Bon Dieu m’aidera à faire mon devoir.

 

 

Arras en 1915

Arras en 1915

 

Le capitaine Dreyfus a été tué hier au Moulin de Fargny. C’était un soldat. Nous avons assisté à ses funérailles très impressionnantes, au moment présent.

 


 

 

Le moulin de Fargny

Le moulin de Fargny

 

Jeudi 13 mai 1915

 

C’est le jour de l’ascension ! Repos complet. Nous remontons aux tranchées ce soir, dans le même secteur. Le soir, je fais mes adieux à Antoine ; puis, nous rendons tous deux visite à la Sainte Vierge. J’ai bon courage.

 

Reviendrons-nous à Bray ? Si notre progression devant Arras continue à s’affirmer victorieuse, peut-être y aura-t-il du mouvement…

 


 

Vendredi 14 mai 1915

 

Nous sommes arrivés fourbus à la tranchée, après vingt minutes de boyaux détrempés par la pluie. Ma section est à la droite de la Compagnie. Manque de confort : deux cagnats6 pour cinquante hommes !

 

Midi : nos artilleurs lancent trois bombes sur le petit poste allemand. La réponse ne tarde pas, à coups de bombes et de 77. Puis, tout rentre dans le calme.

 

 

Journal du 13 avril au 14 mai 1915 - L'heure de la Grande trouée ?

 


 

1 Qui avance, qui sort en dehors

2 Tir simultané de plusieurs canon

3 Surnom donné par les poilus pendant la guerre de tranchées aux lance-bombe

4 Village de Picardie

5 Percée des tranchées ennemies permise par une offensive de masse, dans le but de déborder l'ennemi et de le vaincre

6 Abri

Rédigé par Frédéric B.

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