LA CONSCRIPTION (SERVICE MILITAIRE) A LA VEILLE DE LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

Publié le 29 Avril 2015

 

LA CONSCRIPTION (SERVICE MILITAIRE) A LA VEILLE DE LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

 

 

Recherches, rédaction et choix des illustrations : Léa et Mélanie

Relecture et corrections (travaillées avec les élèves) : M. Bouvier

 

 

8 novembre 1914

« Depuis le 14 Septembre je me trouve à [la caserne de] Vienne ; je n’y ai pas connu l’ennui un seul instant, les h​eures ont fui, jour par jour comme l’éclair »

 

 

            I/ LA CONSCRIPTION DE FREDERIC B.

 

 

            Lors des premiers mois du conflit, Frédéric B. n'est pas directement envoyé au front. Âgé de 19 ans révolus au déclenchement de la Grande Guerre, il effectue alors son service militaire - ou « conscription »[1] - qu’il a entamé très certainement dès 1913.

 

            Les Carnets dans lesquels il nous raconte sa guerre débutent seulement en novembre 1914. Alors, depuis près de 3 mois, il se trouve à la caserne de Vienne (commune de l'Isère), après avoir débuté sa conscription à Lyon.

 

            A la caserne de Vienne, toute la semaine et le dimanche, comme il l’explique lui-même début novembre 1914, il doit s'exercer en intérieur et à l'extérieur (exercices physiques, course à pied, exercices de tir, cours théoriques de vie militaire, etc.).

 

Les Carnets de Guerre de Frédéric B. - Du 17 février au 20 mars 1915 (COntre-mines et nouvel uniforme par le Poilu Frédéric B.)

 
Caserne de Vienne - Début du XXème siècle

Caserne de Vienne - Début du XXème siècle

 

            Sa mère vient souvent le voir. A la caserne, en effet, des visites lui sont accordées et les lettres lui sont également autorisées. Dans ses courriers à sa famille, il raconte à quel point sa vie à Vienne est « dure physiquement » bien « qu'agréable moralement ». Il s'y est fait, en effet, «  d’excellents amis comme Henri Serve » (Carnets de Frédéric B. - 8 Novembre 1914).

 

Portrait de Frédéric B. réalisé lors de sa conscription à Vienne (septembre 1914)

Portrait de Frédéric B. réalisé lors de sa conscription à Vienne (septembre 1914)

 

            Frédéric B. et ses compagnons de conscription, comme « Paul Besse, Dufour ou Leroux », du 99ème Régiment d’Infanterie (28ème D.I.) tout comme lui, sont très pieux, très croyants. Chaque dimanche à 11 heures, lui et certains volontaires se rendent à la messe, à  la Cathédrale Saint-Maurice de Vienne. Le soir à 6 heures, ils se réunissent aussi parfois dans ladite Cathédrale. Ces instants consacrés à la prière lui font oublier les durs moments passés à la caserne et le départ prochain pour le front. « Ces courts instants consacrés à la prière ont été pour moi un réconfort dans l’asservissement[2] brutal de la caserne », écrit-il en novembre 1914.

 

Cathédrale St-Maurice de Vienne (carte postale du début du XXème siècle)

Cathédrale St-Maurice de Vienne (carte postale du début du XXème siècle)

 

            Finalement, Frédéric B. est expédié avec son régiment (le 99ème R.I.) à la caserne de Lyon, le dimanche 8 novembre 1914,  où il se prépare à partir sur le front de la Somme. On lui annonce tout d’abord que ce départ est prévu pour le mercredi 11 novembre 1914. Il se dit alors « prêt, joyeux » à l'idée de connaître le feu, de défendre sa Patrie, mais il semble aussi envahit d’un profond sentiment de tristesse à l’idée de quitter sa famille, ses amis et sa région lyonnaise.

 

            Toutefois, un contrordre va repousser ce départ au lundi 16 novembre, fin officielle de son service militaire qui dura a priori moins de 2 ans, ce qui témoigne du besoin important en troupes de l’Armée française, puisqu’une conscription complète était prévue pour durer 3 ans.

 

Reconstitution d'un sac militaire de type Azor (1914)

Reconstitution d'un sac militaire de type Azor (1914)

 

            Muni de son lourd sac Azor dans lequel il glisse ses effets militaires et personnels, il n'est plus un conscrit mais est devenu un soldat. Un « bleu de la classe 14 », ayant achevé sa formation militaire à l’automne de la première année du conflit. Après une longue journée passée en train, lui et ses camarades gagnent Chuignes, en Picardie, premier lieu de cantonnement du 99ème R.I., d’où ils partiront bientôt pour les tranchées et leur baptême du feu.

       

Carte du trajet emprunté par Frédéric B. pour rejoindre le front, à la fin de sa conscription

Carte du trajet emprunté par Frédéric B. pour rejoindre le front, à la fin de sa conscription

 

 

            II/ LA CONSCRIPTION A LA VEILLE DE LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

 

            Si Frédéric B. participe à la « conscription » depuis 1913, vraisemblablement, le « service militaire » français existe depuis la Révolution française. En 1798, il a été décidé que chaque français de sexe masculin et âgé de 20 à 25 ans devait s’engager dans l’armée de son pays, pour contrer les menaces qui pesaient sur lui. 

 

            Après des périodes d’arrêt et des évolutions diverses, une loi définit précisément les modalités du service militaire le 21 mars 1905 (loi Berteaux). La conscription devient obligatoire et universelle. En effet, cette loi de 1905 supprime le tirage au sort des personnes désignées pour prendre part à la conscription, en application auparavant.

 

Maurice Berteaux, Ministre de la Guerre en 1905 (source : site du Sénat)

Maurice Berteaux, Ministre de la Guerre en 1905 (source : site du Sénat)

 

            Désormais, tous les jeunes hommes âgés de 20 ans doivent passer des examens médicaux qui, s’ils sont réussis, les conduisent à réaliser leur service militaire. La loi prévoit que les dispenses ne peuvent être qu’exceptionnelles. A l’issu de cette visite médicale, le jeune homme peut être classé dans l'un des quatre groupes suivants :

 

Les aptes

(Personnes capables d'exercer  leurs fonctions  et donc prises pour la conscription)

Les inaptes

(Personnes non-capables d'exercer une activité physique donc non retenues pour la conscription)

Les dispensés

(Exemptés, donc ne pouvant pas exercer pour le moment)

Les sursitaires

(Qui bénéficient d'un sursis retardant leur participation à la conscription) 

 

 

            La nouvelle loi de 1905  réduit également la durée du service militaire, fixée à deux ans, et l’âge d'appel, qui passe de de 21à 20 ans.

  

            En août 1914, au déclenchement de la Première Guerre mondiale, les bases de la conscription reposent sur une nouvelle loi sur le recrutement de l'armée, adoptée le 7 août 1913. Cette loi est votée car l’État français a conscience qu’un conflit de grande ampleur peut survenir à tout instant, les tensions avec le voisin allemand étant plus que jamais vivaces. Afin d’être prêt, l’Etat prépare son peuple au combat et met tout en ordre pour que celui-ci puisse être en situation de défende la Patrie.

 

            C’est pourquoi le ministre de la guerre Barthou, en 1913, décide d’allonger  la durée du service militaire à trois ans, pour pouvoir compter sur une armée de masse, renforcée en effectifs et mieux entrainée. En allongeant la durée du service militaire, ce ne sont plus deux classes d’âge mais trois qui se préparent simultanément. En 1914, ce sont ainsi plus de 290.000 jeunes français qui sont appelés sous les drapeaux, certainement autant en 1913 ou en 1912. Près de 900.000 jeunes hommes se préparent à combattre, donc, au moment où la guerre s’enclenche.

 

Manœuvres militaires en 1913 - Entrainement de conscrits à l’usage de la mitrailleuse (Source : Gallica)

Manœuvres militaires en 1913 - Entrainement de conscrits à l’usage de la mitrailleuse (Source : Gallica)

 
 

            La caserne, lieu dans lequel les conscrits s’entrainent, devient une nouvelle école de la citoyenneté car elle réunit la totalité d'une classe d’âge, toutes origines sociales confondues. Les journées consistent soit à s’instruire et à s’entraîner, soit à s’exercer de manière opérationnelle (déploiement d’une batterie de canons, construction d’un abri, etc.).

 

Conscrits à l’entrainement de gymnastique (photographie prise en 1916 à la caserne de Rueil / source : Gallica)

Conscrits à l’entrainement de gymnastique (photographie prise en 1916 à la caserne de Rueil / source : Gallica)

 

            L’entretien du matériel est aussi indispensable. Il doit se faire quotidiennement afin que chaque équipement puisse être utilisable à tout moment, sans panne mal venue (fusil, etc.).

 

            Grâce à cette loi de 1913, lorsqu’intervient l'ordre de mobilisation d’août 1914, une armée de masse peut être mobilisée en France. La conscription est alors conçue comme un instrument de guerre. Près de 4 millions de jeunes français bien entrainés sont ainsi envoyés au combat dès le début du conflit. Autant suivront jusqu’en 1918, dont la « classe 14 » dont fait partie Frédéric B., qui prend part aux combats à partir de novembre 1914.

 

            Le service militaire prend fin, en France et dans les faits, en 2001. Depuis, l’armée française est professionnelle. Des soldats volontaires sont chargés de la Défense du pays.

 

 

 

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SOURCES

 

Les Carnets de Frédéric B. (collection particulière - Carnets de Guerre d’un Poilu originaire de Lyon)

 

« La conscription en France au XXe siècle : de l’armée de masse à l’armée professionnelle » par Philippe Boulanger, dans Revue Internationale d'Histoire Militaire (2005)

 

« Petite histoire du service militaire en France » extrait du journal L’Yonne Républicaine du 1er février 2003, et reproduit sur le site nithart.com

 

« Les lois de recrutement », article paru sur le site internet http://combattant.14-18.pagesperso-orange.fr/ en 2012

 

 

POUR ALLER PLUS LOIN

 

Anne Crépin, Histoire de la conscription, Paris, Gallimard folio histoire, 2009.

 

Henri Ortholan, Jean-Pierre Verney, L'armée française de l'été 1914, Paris, Ed. Bernard Giovanangeli, 2004.

 

 

 


[1] Réquisition par un État souverain d'une partie de sa population pour qu’elle serve ses forces armées.

[2] Etat de dépendance absolue.

Rédigé par Frédéric B.

Publié dans #Autour du Journal

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